Flash Back : petit retour en arrière de trois bonnes années…

Publié le par Kanya

Voici un petit texte que j'ai écrit il y a de ça trois ans déjà... 

 
       Le concept de grasse matinée échappe totalement à mes parents. Le week-end, dès 9h01 tapantes, mes géniteurs trépignent devant ma porte, maudissant cette jeunesse désinvolte qui ne daigne émerger de son sommeil que dans les environs de midi, pour au choix, s’affaler de tout son long dans le canapé et végéter des heures durant devant un écran mitraillant sans relâche notre rétine d’images insipides et abrutissant notre intellect, ou, s’empresser de s’échapper du nid familial et jouer les déserteurs jusqu’aux aurores.

 

Quelques fois, mes géniteurs, n’y tenant plus, à 10h, rentrent dans ma chambre, non sans avoir y été invité au préalable, cela va sans dire, et, n’ayant que faire de mes vives protestations, ouvrent les volets et papotent gaiement du beau temps qu’il fait, et autres blablateries navrantes et affligeantes, tandis que sous la couette, je suffoque ! (Pour ne pas être aveuglée par la lumière du jour, je me réfugie sous les draps, et, manque à chaque fois de m’étouffer !).

 

Mon père s’obstine tous les week-ends à me pincer les pieds au travers de la couette tandis que j’émets un grondement guttural, et, de colère et d’une humeur massacrante lui ordonne de déguerpir.

 

Ma mère, elle, adopte une autre technique. Elle attend patiemment que je me décide à risquer un œil à l’extérieur de ma tanière et se contente de se poster devant moi affichant un air de circonstances mêlant mépris, incompréhension générationnelle, découragement et résignation.

 

Encore une fois, ce samedi matin n’échappe pas à la règle !

 

J’attends donc qu’ils tournent les talons et beuglent à leur intention ‘‘Et les volets, vous pensez peut-être qu’ils vont se fermer tous seuls ?’’ En général, cette provocation finit de les achever ! Au maximum de leur exaspération, ils obtempèrent, mais histoire de bien souligner leur désapprobation, ils claquent la porte de ma chambre qui manque de se casser la gueule. Ce qui ne saurait tarder à mon avis, étant donné que ce petit manège se réitère chaque week-end.

 

 

Trois heures plus tard, je sors enfin de mon état comateux et me dirige d’un pas leste vers la cuisine.

 

Mon Dieu, que n’ai-je pas fait là ?

 

Mes géniteurs, alignés en rang d’oignon, les bras croisés, m’attendent de pied ferme. L’heure du courroux paternel a sonné. Je le sais ! Ils me font le coup une fois par mois. Les remontrances ne vont normalement pas trop s’éterniser : il ne tient qu’à moi d’écourter la séance au plus vite, si le cœur m’en dit. Il suffit de la jouer fine ! Rien de bien compliqué, je suis habituée à les manipuler !

 

Qui de mon père ou de ma mère va se décider à ouvrir les hostilités. Umh, à première vue, je dirais mon père !

 

Bingo !

 

Tandis qu’il se racle la gorge pour s’éclaircir la voix, je me prépare mentalement à affronter l’incontinence verbale de mon père. Non pas qu’il soit d’ordinaire très loquace mais quand il s’agit de me remonter les bretelles, sa langue se délie comme par enchantement !

 

D’une voix de baryton, il m’assène donc de son sermon habituel.

 

Sitôt achevé, ma mère entre en scène, les nerfs serrés à bloc, les glandes lacrymales au taquet, la lèvre inférieure chevrotante et, me martèle, bille en tête, comme à son habitude, à quel point je suis inconsciente, dénuée de réflexion intellectuelle et d’immaturité incommensurable.

 

Pour leur faire plaisir, je baisse la tête, en signe de respect et en profite pour inspecter ma tenue. Au ton insistant de leur voix, je devine qu’une intervention vocale de ma part est vivement attendue. Je tente un soulèvement de sourcil, puis de tête histoire d’apprécier la tension ambiante. Et je peux vous dire que ça sent vraiment le roussit pour ma gueule ! Parce que là, je dois dire qu’ils sont vraiment remontés contre moi.

 

Il ne me semble donc pas très judicieux de leur demander leur permission pour emprunter la voiture de ma mère pour ma virée nocturne hebdomadaire. Ayant endommagée ma caisse le week-end dernier – étant en état d’imprégnation alcoolique avancée (pour oublier mes déboires sentimentaux, je m’étais enfilée une bouteille de cidre !) je n’ai pas vu le mur arrivé devant moi ! Enfin disons, derrière moi : j’exécutais une marche arrière ! A jeun, cette manœuvre s’avère pour moi déjà bien compliquée, alors, alcoolisée, je ne vous raconte pas ! – je ne peux décemment pas prendre ma voiture pour me rendre en discothèque ! Franchement, comment me la raconter dans une caisse cabossée ?

 

Pour en finir au plus vite (je commence à avoir des fourmis dans les jambes !) prend un air dépité, et, avec un trémolo dans la voix, émet un inaudible ‘‘je suis désolée’’ attestant mon acquiescement à la montagne de reproches dont ils m’accablent.

 

Je laisse un certain laps de temps s’écouler, et, sans prendre le temps de respirer, de peur d’être interrompue, demande fébrilement l’accord pour emprunter la voiture de ma mère. A peine ai-je fini de formuler ma requête que mon père, toutes orbites dehors, s’étrangle en gueulant : ‘‘Non mais, tu te fous de notre gueule ?’’

 

Bah, non ?

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shaya 03/08/2008 13:43

Heureusement que ma mère n'a jamais été comme ça, je pense que je l'aurais agressée à coup de gourdin!

Kanya 03/08/2008 14:30



 J'y ai bien pensé figure toi, mais mon père aurait sûrement riposté... (Et vu les paluches qu'il a, je peux t'assurer que ça en dissuaderait plus d'un d'oser ne serait-ce que qu'élever la
voix contre lui...!) Même si je l'adore, je fais tout de même attention à ce que je peux ou non lui balancer dans la tronche !



Suzy Dumeur 02/08/2008 20:25

Sanr rire, ils te font une scène juste parce que tu fais la grasse mat' ???

Pas de bol, moi c'est ma mère qui m'a initiée au plaisir du sommeil !

Kanya 03/08/2008 14:37


L'idée même de rester au lit après 9 h du mat représente pour mes parents une journée de gachée... Je dirais même que pour mon père, rester au lit jusqu'à sept heure, c'est s'être octroyé une
heure de grasse mat ! Ah le fossé intergénérationnel !