Phobie

Publié le par Kanya

 

J’ai peur de l’eau. Et je n’en ai pas honte. Après tout, c’est une peur comme une autre.

 

Au temps béni de l’enfance et de l’insouciance, un simple opercule de deux millimètres d’eau de mer sur le sable mouillé me tétanisait. Mais j’éprouvais une certaine fierté à constater que mes parents n’avaient pas froid aux yeux. Ils n’hésitaient pas à se jeter corps et âme dans l’océan ! Dix centimètres d’eau ne leur faisaient pas peur !

 

Cette phobie s’est accrue le jour ou ma vue s’est mise à me jouer des tours. Les adeptes des verres en cul-de-bouteille pourront en témoigner : voir flou n’est pas la condition idéale pour retrouver sa serviette sur une plage de deux kilomètres de long ! Parce que forcément, à huit ans, se baigner avec ses lunettes, c’est trop la honte !

 

Parfaitement, vous avez bien lu, pendant une courte période de ma vie, je connus les joies du bain d’eau de mer !

 

De l’âge de deux à sept ans, armée d’une obstination infaillible à toute épreuve, je pris mon courage à deux mains pour atteindre l’objectif que je m’étais fixé, à savoir : barboter dans les eaux troubles de l’océan! Troubles, en effet, car mes géniteurs de substitution avaient toujours la bonne idée de fréquenter les plages de prédilection des algues marines chimiquement modifiées !

Après maintes et maintes tentatives couronnées d’échec, ma détermination se releva, un jour, payante : par je ne sais quel miracle, je parvins à poser mes petits petons dans une flaque d’eau qui jonchait le sable. Emportée par cet élan de bravoure, je me jetai à corps perdu aux abords de l’océan ! Vous savez, la dernière petite vague de rien de tout…

 

Une fois mes gambettes éclaboussées par l’écume, je partis, du regard, à la recherche de mes parents. J’espérais secrètement qu’ils aient assisté, la larme à l’œil, à l’exploit de leur petite fifille adorée… Il aurait fallu les voir tellement fiers et émus de leur progéniture !

 

Mais le bonheur ne fut que de courte durée. Un an après avoir passé un été à faire mumuse dans les vagues, ma vue se mit à défaillir ! Mes capacités optiques divisées par trois ou quatre et consciente de mon inesthéticité habillée d’un maillot de bain à poids rouge et jaune, et, parée d’une monture de plastique verte, je me refusais à parcourir la plage dans cet accoutrement.

Ne pouvant me débarrasser de mon maillot, on aurait pu m’accuser de porter atteinte aux bonnes mœurs ou pire de racolage passif (j’ignorais à l’époque que le naturisme comptait de nombreux adeptes), je me résignai à me séparer de mes binocles !

 

Je parvenais toujours sans aucune difficulté à me diriger vers la mer. Mais retrouver ma serviette était une autre paire de manches. Etant aussi myope qu’une taupe, je passais plus de temps à rechercher mon emplacement qu’à m’amuser…


         Mise en situation :

 

Pour paraître sûre de moi, d’un pas assuré, je me dirigeais vers ce que je croyais être la silhouette de mes parents. Avant de les quitter, je prenais toujours la précaution de mémoriser la couleur et la forme de leurs maillots de bain. A quelques mètres d’eux je ralentissais l’allure et observait ce qui m’entourait, en plissant les yeux, (car chaque myope le sait, le plissage d’yeux augment d’un dixième, une vue qui n’est déjà pas très performante, mais que voulez-vous, on se raccroche à ce qu’on peut !).

Si les silhouettes ne réagissaient pas, je reprenais mon chemin et continuais mon manège ailleurs. Si elles scandaient mon nom, je me réfugiais avec soulagement dans leurs bras pour aussitôt les abandonner et me jeter sur mon 4h.

 

Inutile de préciser que c’est après plusieurs tentatives infructueuses que je parvenais à retrouver les miens…

 

Lasse de cette quête perpétuelle et mon entêtement à ne pas vouloir m’encombrer de mes lunettes, je me mis en tête d’abandonner ma distraction aquatique. Je découvris alors le plaisir de la glanditude. Affalée de tout mon long sur une serviette, ( toujours remplie de sable qu’on y fasse… !!!), je laissais alors la caresse du soleil me bercer et m’envoyer dans les bras de Morphée…

 

Jusqu’à l’âge de 15 ans, ce choix me convint parfaitement. Mais, quand l’année d’après, je me rendis compte avec effarement que mes cuisses ressemblaient à des poteaux électriques, un énorme complexe s’empara de moi. Depuis, dès lors qu’on me propose une virée à la piscine ou à la mer… , j’invoque l’argument suivant ‘‘je ne sais pas nager’’.

 

Et je peux vous assurer que pour le moment, ma pseudo phobie aquatique a toujours bien servi ma cause…

 

 

 

 

Publié dans Anecdotes...

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Tabellarius 17/08/2008 15:10

Tope la !! Pas de blème !!

Kanya 17/08/2008 17:41



Tous les culs-de-bouteille de la blogosphère venez donc vous joindre à nous !



Tabellarius 16/08/2008 22:26

Hugh !!! Taupe cendrée !!
Taupe hypermyopequinevoitpassespieds te salut bien !!
Ton histoire me rappel qqu chose... Perso je n'avais pas peur de l'eau et comme toi, c'était ringard de se baigner avec les triples foyers. Sauf qu'un jour, au lieu de nager en direction de la plage, ne distinguant ni la plage du large, j'avions faillit me noyer si mon père me surveillant du coin de l'œil n'était venu me chercher en bateau à rame. Depuis je garde mes lunettes même si j'en ai laissé une paire ou deux aux crabes.
Bigleux associal... Te salut bien

Kanya 17/08/2008 01:23


Fondons alors de ce pas la communauté des taupes binoclardes...